Espace Didier et Hervé Vion Delphin
 
Jacki Maréchal
3 mars - 6 mars 2011
Discours Jacki Maréchal
 

Mesdames, Messieurs, chers amis,
 
Tout d’abord merci à tous d’être ici ce soir pour l’inauguration de l’espace : Didier et Hervé Vion-Delphin, par lesquels je suis invité pour  cette exposition. Je remercie particulièrement très vivement Jacques Rigaud d’avoir accepté de présider cet évènement. Monsieur Rigaud vous êtes un professionnel de la culture depuis de nombreuses années, vous vous êtes engagé dans des réalisations publics et institutionnels d’une envergure qui évidemment nous dépassent tous ici : les musées, les fonds d’art contemporains, les initiatives privées des plus grands collectionneurs étaient et sont encore votre quotidien et vous voilà à Brion, parmi nous aujourd’hui, avec une générosité et une ouverture d’esprit à nos modestes initiatives qui sont bouleversantes. Merci Monsieur Rigaud. Tout artiste se fait une joie de partager avec un grand homme tel que vous, mais c’est encore et surtout un très grand honneur d’avoir la possibilité de montrer (en toute modestie) ma peinture à un acteur éminent qui a travaillé avec une telle passion et a marqué durablement de son empreinte la construction du paysage culturel de la France. Jack Lang déclarait dernièrement sur France Inter que votre binôme avec Jacques Duhamel au gouvernement avait eu largement autant d’importance que les années Malraux. Voilà un bel hommage auquel toutes les personnes ici ce soir souscrivent avec une admirative conviction.
Je suis particulièrement ému de remercier également le mécène et ami, Hervé Vion-Delphin, qui malgré la charge de son entreprise, trouve encore le moyen de donner de son temps, mais aussi de ses biens, et encore de son énergie, pour toutes les actions culturelles de la région dont il est le plus souvent le leader. La liste de ses engagements en tant que racine principale est longue, je ne citerais que le festival international de musique de Nantua, le lieu d’exposition La Maroquinerie, le projet de la fondation Grataloup, pour ne parler que la partie visible de l’iceberg. Difficile de louer une telle générosité. Tout le monde ici sait que pour la bonne cause, cet homme est un haleur qui serait prêt à tenter de tirer tout seul une péniche juste pour montrer l’exemple. Les êtres de sa trempe ne sont pas pléthore, culture, intelligence, énergie, générosité, sensibilité, détermination, je n’ai pas croisé cela d’abondance sur les sentiers que j’ai parcouru. La bonne nouvelle c’est qu’ils sont deux, son frère Didier dans un registre complémentaire est exactement de la même trempe. Ce soir ils nous accueillent tous les deux, dans ce tout nouvel espace et me font l’honneur de débuter une grande aventure qui donnera vie vous le verrez à de très importantes expositions dans les années à venir.
 
Nous sommes au XXIème siècle et depuis les années 1980 le domaine culturel vit un important changement. La fin de la modernité dit-on. Le siècle des Lumières, la révolution française, la révolution industrielle ont déterminés une culture d’un exceptionnel dynamisme et d’une profonde inventivité durant les XIX et XXème siècle. Depuis une trentaine d’années ces racines sont ébranlées. On mesure à plusieurs signes, de nature politique, sociologique et culturelle cette confiance chancelante envers les valeurs de l’époque moderne. La chute des grandes utopies du XXème siècle avec en symbole final la chute du mur de Berlin et peu de temps après, dans notre actualité proche, la profonde crise financière qui vient ébranler l’autre utopie. Ainsi le moment post moderne que nous vivons jour après jour, valorise, pour la part de la population qui y réfléchi une renégociation des valeurs.
Je vis en tant qu’artiste dans ce début de XXIeme  siècle où la culture est en profond renouvellement, c’est un moment critique et difficile. Les repères sont flous, voir inexistants pour le créateur qui doit vivre dans une sorte de désengagement critique vis-à-vis paradoxalement d’une fécondité de la création plasticienne d’une ampleur telle qu’elle se révèle impossible à circonscrire.
Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, un large pan de la création préfère les expériences plastiques constituant un pari, c’est ainsi que l’art le mieux en vue aujourd’hui, se rapproche de plus en plus du design et du bel objet industriel. La frontière devient mince, et ce chevauchement demande souvent aux créateurs des moyens titanesques, tant pour créer leurs objets que pour les faire connaître
Mes maîtres m’ont enseignés l’économie de moyen et bien qu’ils ne soient plus de ce monde, je leur rends hommage aujourd’hui et les remercie de m’avoir mené sur les chemins de l’authenticité avant tout.  Je comprends pleinement aussi  à quel point ils avaient raisons de créer une large douve entre leur atelier et le monde.
Ils m’ont appris à ne pas ébranler les fondamentaux. Même si c’est en travaillant dans une perspective menant la forme, à son paradoxe de destruction.
C’est sûrement ainsi que l’on se prémunit de la contemplation éblouie et de la consommation réjouie, de ce que l’on a fini par appeler l’objet d’art.
Le respect des fondamentaux n’empêche nullement le brouillage des signes, la remise en jeu de leur valeur, le rejet d’une vérité artistique certifiée ou dogmatisée, la remise en cause des règles intangibles. Les fondamentaux ne se trouvent pas dans la forme, les fondamentaux se sont avant tout les bornes du sens qui doit accompagner la création. Quel est mon rôle d’artiste, la destination de mon œuvre, sa signification, sa validité symbolique ? Ne suis-je qu’un fournisseur d’images, ne suis-je qu’un organisateur d’évènements culturels ? Pourquoi l’oxymore de Baudelaire : « Le beau est toujours bizarre » est-il toujours d’actualité ? Parce que le beau se doit d’être bizarre, parce que ce déséquilibre est ce qui lui donne son épaisseur, son intimité, sa perspective. Le beau équilibré au contraire ce serait du design, c’est l’objet, l’objet transparent, figé, lisse. Il n’y a point d’art dans les objets glacés de beauté, même si ceux-ci sont parfois statufiés par des marchepieds médiatiques ou institutionnels.
 
L'art est né il y a 1,6 millions d'années - je répète ; 1,6 millions, c'est pas 2000 ans – Naissance de l’art il y a 1,6 millions d’années,  lorsqu'un homme fabrique un biface dont les deux parties sont inutilement parfaitement identiques. Ce geste, s’il est purement esthétique, est très gravement émouvant. Un objet comporte une part d'inutilité pour la première fois. C'est magnifique, c'est le début de la grande aventure humaine. Plus tard on trouve des bifaces accompagnant des défunts dans leur sépulture. Je crois que c'est à cela qu'il faut réfléchir. On possède depuis, une faculté en nous, la seule à laquelle je veux bien laisser une entière part de mystère, car évidemment je ne peux pas la définir. Si on pouvait mettre un mot dessus on perdrait tout. Mais on peut conclure, qu’un art qui perdrait son emblématique symbolique de la valeur de l’aventure humaine, perdrait totalement sa mesure.
Je m’inscris avec vivacité, pugnacité et bonheur dans l’art de mon siècle, j’aime profondément ce XXIème siècle qui remet en cause, qui invente, qui cherche et à ce titre j’évolue dans une forêt de symboles et de possibles esthétiques mouvants, mais je ne perds pas de vue le cap premier de mon art : irriguer un très large champs ou des graines qui ont du sens sont plantées et préservées.
Merci.
Je tiens à remercier tous les amateurs présents qui suivent mon travail depuis ces quatre ou cinq dernières années, qui m’ont soutenus dès le début et qui continuent de le faire, je remercie les amis qui pour certains ont fait de nombreux kilomètres pour nous rejoindre et je remercie ma famille, mes parents, ma tante, mes enfants et surtout ma femme Véronique sans qui aucune des toiles sur ces murs n’auraient pu prendre vie. Je tiens à donner un dernier remerciement et à féliciter mon fils Léo qui est l’auteur des cadres de cette exposition.